Une vie façonnée par la glace : science, découverte et magie avec Urs H. Fischer
11 septembre 2025|8 min read
Lorsque Urs H. Fischer parle des glaciers, ses mots portent à la fois l'émerveillement de l'aventure et la rigueur de la science. Pour lui, les paysages glacés ne sont pas de simples lieux d'étude : ce sont des mondes vivants et en mouvement. Depuis ses premières études de terrain dans les monts Saint-Elias, dans le nord du Canada, Urs a consacré sa vie à la compréhension des glaciers. Sa carrière l'a mené dans l'Himalaya, les Alpes européennes, la Scandinavie, l'Arctique, et maintenant à bord des voyages Swan Hellenic. Poursuivez votre lecture alors qu'Urs partage des récits de découvertes, des éclairages sur la vie des glaciers et les rencontres inoubliables qui vous attendent dans l'Arctique.
« L'idée d'explorer des paysages glacés tout en menant des recherches significatives était irrésistible ! »
Bonjour Urs ! Qu'est-ce qui a d'abord éveillé votre fascination pour la glace et les glaciers ?
Urs : C'est sans doute l'excitation de combiner science et aventure qui m'a attiré. L'idée d'explorer des paysages glacés tout en réalisant des recherches utiles — c'était irrésistible !
Comment avez-vous entamé votre carrière de glaciologue ?
Urs : Honnêtement, c'était un mélange de hasard et d'une bonne dose de chance. Après avoir terminé mes études de physique, je savais que je voulais faire quelque chose impliquant du travail de terrain. J'ai donc consulté les programmes universitaires et je suis tombé sur la glaciologie, une discipline dont j'ignorais l'existence à l'époque. Cela me paraissait totalement passionnant. J'ai postulé, j'ai été accepté, et j'ai fini par travailler avec l'un des meilleurs du domaine, dans l'une des régions les plus magnifiques du monde. C'était fait, j'étais accro !
Pouvez-vous nous ramener à votre première campagne de terrain dans les monts Saint-Elias en 1989 ? Qu'en retenez-vous le plus vivement ?
Urs : Ce n'est pas un instant unique ; c'est l'ensemble de l'expérience qui reste gravé dans ma mémoire. Je venais de quitter une petite ville de l'Ontario pour Vancouver, ce qui était déjà un grand changement. Puis est venu le premier voyage au Yukon : mon premier vol en hélicoptère, l'installation du camp au cœur des monts Saint-Elias, au milieu des glaciers et de sommets enneigés et vertigineux... c'était saisissant. Tout était nouveau, la courbe d'apprentissage était raide, mais c'était incroyablement gratifiant.
Comment cette première rencontre avec d'immenses champs de glace a-t-elle changé le cours de votre vie ?
Urs : Cette expérience a allumé l'étincelle. Elle m'a donné une passion durable pour les régions froides et un engagement à vie envers la glaciologie. J'ai réalisé l'intensité de cette passion lorsque, faisant un bref détour hors de la recherche, j'ai travaillé deux ans pour des compagnies ferroviaires suisses. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que ce n'était pas ma voie. Il me fallait revenir à la glace. Aujourd'hui, j'ai la chance de me concentrer sur les processus glaciaires et climatiques dans le cadre de mon rôle au sein de l'organisation suisse de gestion des déchets nucléaires, étudiant comment de futures périodes glaciaires pourraient façonner l'évolution géologique à long terme du nord de la Suisse — un sujet fascinant qui continue d'approfondir ma compréhension des dynamiques climatiques.
Glaciers, changement et compréhension
Vous avez travaillé dans certaines des régions glaciaires les plus reculées du monde. Y en a‑t‑il une qui vous a plus mis au défi que les autres ?
Urs : Chaque région présente ses propres défis. Par exemple, l'Himalaya. La haute altitude était quelque chose auquel je n'étais pas habitué, et j'ai vraiment souffert du mal d'altitude lors de la marche vers le glacier. J'ai en fait demandé à rester un jour de plus dans l'un des camps pour m'acclimater et, heureusement, je l'ai fait. Sinon, j'aurais peut‑être dû faire demi‑tour. Cela m'a rappelé mes limites, mais cela m'a aussi appris à écouter mon corps et à respecter l'environnement.
Comment les glaciers servent‑ils d'indicateurs du changement climatique ?
Urs : C'est un sujet que j'aborde dans l'une de mes conférences. Les glaciers répondent directement au climat via leur bilan de masse, en gros s'ils gagnent ou perdent de la glace au fil du temps. Ce bilan contrôle la façon dont un glacier s'écoule et s'il avance ou recule. Ainsi, lorsqu'on voit un glacier reculer sur plusieurs décennies, c'est un signal différé mais très visible du changement climatique. C'est quelque chose que n'importe qui peut observer de ses propres yeux.
Quelle idée fausse courante les gens ont‑ils au sujet des glaciers ou des régions polaires ?
Urs : L'une des idées reçues les plus répandues est que les glaciers sont statiques et sans vie, de simples paysages figés qui ne changent jamais. En réalité, ils sont incroyablement dynamiques ! Les glaciers sont en mouvement constant, s'écoulant, se fissurant et réagissant à leur environnement. Une autre idée fausse est que les régions polaires sont arides et vides. Mais passez juste un peu de temps là‑bas, et vous verrez qu'elles regorgent d'une beauté subtile, d'une faune fascinante et d'écosystèmes complexes. Le silence peut être trompeur : il se passe tant de choses si l'on sait où regarder.
Qu'est‑ce qui vous enthousiasme le plus dans les paysages arctiques que vous explorerez avec les invités de Swan Hellenic ?
Urs : Par où commencer ? Naviguer en zodiac — ou mieux encore, faire du kayak — devant un glacier côtier qui se jette dans la mer est une expérience inoubliable. On entend ce crépitement lorsque des bulles d'air emprisonnées depuis des siècles se libèrent à mesure que la glace fond, puis — boum ! — le vêlage : d'énormes blocs de glace se détachent et s'écrasent dans la mer. C'est d'une puissance incroyable et totalement hypnotisant.
« Attendez‑vous à l'inattendu — l'Arctique a le don de vous surprendre chaque jour. »
À la poursuite de la glace et de l'aventure
Vous participez à la croisière de 9 nuits de Svalbard à la Norvège. À quoi les invités doivent‑ils faire attention ?
Urs : Attendez‑vous à l'inattendu ! L'Arctique a le don de vous surprendre chaque jour, tant par la faune que par la météo, la lumière ou la glace. Restez curieux et laissez Svalbard révéler ses secrets.
Sur les Croisières aller‑retour jusqu'aux confins de l'Arctique, quels sont les moments forts auxquels les invités peuvent s'attendre ?
Urs : La navigation dans la banquise est un moment absolument marquant. D'abord, il y a le grondement lorsque le navire repousse la glace. Si puissant et dramatique. Puis, soudainement, tout se tait. Le navire s'appuie contre une plaque de glace, et vous vous retrouvez à dériver dans un silence complet à travers l'océan Arctique. C'est magique.
Qu'attendez‑vous le plus avec impatience lors de ces prochaines traversées ?
Urs : Je suis vraiment impatient de partager les paysages arctiques époustouflants avec des invités curieux et passionnés. Ce qui m'enthousiasme le plus, c'est la possibilité d'observer et d'expliquer de près la beauté à couper le souffle des glaciers, tout en favorisant une compréhension plus profonde de cet environnement fragile. Chaque voyage offre des moments uniques : le frisson d'assister à un vêlage d'iceberg, la magie de naviguer à travers des plaques de glace immaculées, et la joie partagée de la découverte avec les invités. J'ai hâte d'embarquer ensemble pour ces voyages et de créer des expériences inoubliables qui inspireront l'appréciation et la protection de l'Arctique.
De la science à l'émerveillement partagé
Comment intégrez‑vous vos recherches dans vos échanges avec les invités ?
Urs : Souvent, c'est dans les petites choses, en désignant une moraine, une crevasse ou d'autres formes glaciaires qui pourraient autrement passer inaperçues. Ce sont des indices qui racontent l'histoire du paysage, et c'est incroyablement gratifiant d'aider les invités à commencer à les lire.
Qu'est‑ce qui vous paraît le plus gratifiant quand vous aidez les passagers de croisière à se connecter aux paysages ?
Urs : Ce sont ces petits moments de prise de conscience, quand quelqu'un dit « Oh waouh, c'est génial » ou « Je ne savais pas ça ». On voit l'étincelle de compréhension, et le lien avec l'environnement commence à se tisser. C'est ce qui rend tout cela si précieux.
Quel rôle joue le récit dans vos conférences ?
Urs : Le récit est essentiel. J'entrelace toujours des anecdotes historiques et personnelles, qu'il s'agisse de mes propres travaux de terrain ou des exploits des premiers explorateurs. Cela donne vie à la science et rend la conférence plus captivante et accessible pour tous à bord.
Quel message souhaitez‑vous que les invités retiennent de leur expérience de croisière arctique ?
Urs : L'Arctique est d'une beauté époustouflante, mais aussi d'une fragilité intense. J'espère que les invités repartiront avec un profond sentiment d'émerveillement et une prise de conscience renforcée sur la nécessité de protéger cet environnement.
Leçons d'une vie sur la glace
Comment mêlez‑vous aventure et science dans votre approche de l'exploration ?
Urs : Pour moi, l'aventure et la science ont toujours été indissociables. Le frisson de s'aventurer dans des paysages glacés et isolés m'a d'abord attiré vers la glaciologie, mais c'est la curiosité scientifique qui me maintient en route. Le travail de terrain ressemble à une enquête en conditions extrêmes : on collecte des données, on résout des énigmes et on cherche à comprendre le comportement des glaciers. Que je saute par‑dessus une crevasse ou que j'installe des instruments sur un glacier balayé par le vent, chaque bribe d'aventure alimente la science, et chaque question scientifique conduit à une nouvelle aventure.
Votre travail en glaciologie a‑t‑il changé votre perception du monde ?
Urs : Absolument. J'ai vu de mes propres yeux à quelle vitesse les glaciers rétrécissent, à quel point l'environnement évolue et combien il est urgent d'agir. C'est profondément préoccupant, et cela a modifié ma réflexion sur tout, des politiques publiques à la responsabilité individuelle.
Quelles qualités un glaciologue doit‑il posséder en environnement extrême ?
Urs : Il faut être résilient, adaptable et ne pas se décourager facilement. Le travail de terrain en glaciologie est éprouvant. Des choses vont mal se passer. Mais si vous restez positif et persévérez, les récompenses sont incroyables.
Qu'est‑ce qui continue de vous inspirer à chaque fois que vous partez vers un paysage gelé ?
Urs : C'est la beauté immaculée. Peu importe le nombre de retours, je suis toujours frappé par le silence, l'immensité et la puissance brute de la glace. Cela me coupe encore le souffle.